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Si tu es arrivé ici, nous pourrons peut-être échanger quelques idées...

Vous avez dit "mondialisation" ?

Publié le 10 Mai 2014

* Introduction. Mondialisation, voilà bien un mot vraiment mis à toutes les sauces ! Pour certains et surtout certaines, c'est un épouvantail, pour d'autres, une chance. Évidemment chacun a sa part de raison, car la "Mondialisation" en soi n'est ni bonne ni mauvaise, c'est juste la mutualisation de la planète à la mesure que les transports et communications se sont développés.

En fait la Mondialisation est un phénomène très ancien. Dès que quelqu'un a découvert un jour que la viande était meilleure grillée et que le feu éloignait les fauves, tous les hommes à travers la Terre se sont mis au feu, au même moment. Persépolis a mondialisé l'Orient, Rome a mondialisé le pourtour de la Méditerranée, les Arabes islamisés ont mondialisé un territoire immense du Maroc à la Chine. Et pourtant nous avons peur de la mondialisation.

Le mot "Mondialisation" est agité devant nous comme un épouvantail pour cacher une réalité historique et géographique moins compliquée que ne l'annoncent, à grand renfort de jargons, les technocrates et les ploutocrates qui manipulent ce mot, dans le but de nous faire croire d'une part que le citoyen ne peut pas tout comprendre et tout s'approprier, et d'autre part que les modalités actuelles de la mondialisation sont inéluctables et irréversibles.

Selon Fernand Braudel :"L'économie en soi n'existe pas. Ce qui existe, ce sont les échanges. Il n'y a pas de "lois" en économie, seulement des phénomènes. Les lois, comme les phénomènes économiques, sont des effets de la volonté humaine. Celle-ci n'est jamais inéluctable, ni irréversible". Selon Bernard Morel, professeur d’économie à Aix, "rien n'est irréversible : ni le meilleur (conquêtes sociales, démocratie) ni le pire (totalitarismes, dynamiques de guerre)". Les empires "millénaires" : Rome, les Kaisers, les Tzars, l'URSS, le Reich, Mao, Khomeïny : tous réversibles. L'Europe n'est pas irréversible, la Mondialisation n'est pas irréversible !

Nous sommes encore quelques-uns à être opposés à la xénophobie, au nationalisme, au repli sur soi. Et pourtant notre peur de la mondialisation nous pousse vers ces refuges où l’on cultive la nostalgie du passé. En oubliant que le passé ne connaissait ni retraites, ni sécurité sociale, ni libre-arbitre, que les mariages étaient arrangés, que la moitié des enfants mouraient en bas-âge, que l’amour n’avait de place que dans les chansons ou la littérature, qu’on était en permanence sous le regard jugeant de la communauté, et que les exclus étaient si nombreux qu’ils émigrèrent en masse outre-Atlantique… quand ils ne formaient pas des bandes de brigands dans toutes les campagnes !!

Nous avons peur de la mondialisation, mais si nous disons "pluralisme culturel", "universalité des problèmes", "internationalisation des échanges" ou encore "ouverture au monde", notre peur diminue, car les mots, même s'ils désignent les mêmes phénomènes, n'ont pas la même connotation. Jadis on disait "cosmopolitisme", "culture cosmopolite", cela avait une connotation positive en 1920 (on voulait oublier les blessures de 14-18, on aspirait à la Paix universelle), mais négative en 1935 (entre-temps la crise de 1929 était passée par là).

Nous voulons bien partager avec le monde le positif : les modes, les musiques, le développement, les loisirs, mais pas le négatif : les problèmes, la pauvreté, les efforts.

* La "Mondialisation" économique.

L'économie, c'est-à-dire l'ensemble des échanges, n'est ni plus ni moins mondialisée que la culture, les idées, les techniques, les communications, le climat ou les virus. Les problèmes économiques sont eux aussi mondialisés, mais ce n'est pas la mondialisation qui les crée.

C'est la politique de la rareté et de la surabondance qui crée les difficultés, et cela vaut à l'échelle du village comme à l'échelle de la planète. Rareté des ressources, rareté des services, rareté des produits, rareté de l'argent, rareté des clients solvables. La surabondance n'est pas moins problématique : qui peut manger dix yaourts par jour ou conduire deux voitures à la fois ?

La résolution de ces problèmes nécessite à la fois l'ouverture des échanges à toute la planète et une régulation politique sans laquelle les marchands seraient les seuls à faire la loi.

Prôner à la fois l’ouverture et la régulation est une position social-démocrate, de centre droit ou gauche, représentée par démocrates aux Etats-Unis et par les socialistes en Europe. Représentés par les républicains américains et par la droite européenne, les mercantilistes, que l’on nomme également "hyper-libéraux", "néo-libéraux" ou "panemporistes" ("tout est marchandisable" en grec), veulent bien de l’ouverture, mais rejettent la régulation, qui limiterait leurs profits pour diminuer les inégalités. Pour eux l’état doit cesser d’être un arbitre et un service public, pour se limiter strictement aux tâches régaliennes : les affaires étrangères, la défense, la justice et la police.

Les partis révolutionnaires et d’extrême-gauche rejettent aussi la régulation, car pour eux "elle rend le capitalisme supportable". C’est la position du parti trotskiste des travailleurs, à ceci près que le P.T. n’avance que très partiellement "bannières déployées" comme disait Trotski, puisque la plupart de ses militants ne sont pas encartés, mais jouent les démocrates pour noyauter d’autres structures, comme nous l’avons appris à nos dépens…

Aux autres extrémités du théâtre politique, les environnementalistes, les régionalistes, les nationalistes, les souverainistes et les intégristes religieux acceptent une certaine dose de régulation, mais rejettent l’ouverture, synonyme pour eux d'oppression, de perte d’identité.

Sans ouverture des échanges, la rareté domine. Les pays les plus protectionnistes et les moins ouverts sont aussi les moins développés : la Corée du Nord affame la moitié de sa population, il y a des centaines de milliers de morts de faim alors qu'ils sont moins nombreux que les Coréens du Sud sur un territoire plus vaste. On se souvient aussi des immenses magasins soviétiques vides, de la pénurie quasi institutionnelle : ils ont eu des cartes de rationnement pendant 70 ans.

Comme rien n'est irréversible, notre propre Imprimerie Nationale, à Paris, a dans des caves des tonnes de cartes de rationnement prêtes à servir.

Les fondements idéologiques du protectionnisme font toujours appel au désir de pureté et de préservation. Ils peuvent être religieux, nationalistes ou marxistes, mais aboutissent toujours au contrôle des moyens de production par un petit nombre de représentants auto-désignés du peuple, qui gouvernent par la coercition (et tuent quiconque se trouve en travers). Il existe pourtant une mondialisation du protectionnisme ! C'est la mondialisation des appareils coercitifs, le "Big Brother" d'Orwell. En 1950 un seul homme, un ancien séminariste caucasien, contrôlait et dirigeait un milliard de personnes, exerçant un pouvoir absolu de Berlin à Shanghai. Staline !

Sans régulation politique, c'est la surabondance qui domine, et avec elle l'accroissement des inégalités, et à terme la crise par disparition des clients solvables. On se souvient de la crise de 1929, mais nous sommes aujourd'hui dans une situation semblable, sauf qu'on a tiré les leçons du passé et qu'au lieu d'avoir un grand crash ponctuel on a d'un côté une précarisation insidieuse du tissu économique et social, et de l'autre côté la constitution de mégalogroupes d'intérêts qui battent en brèche les nations et les États.

Les krachs n’ont pas pour autant disparu : hier l’Argentine, la Turquie, la Grèce, l'Espagne, demain qui ? La richesse mondiale est aujourd'hui vingt fois plus grande qu'en 1929 (alors que la population a seulement triplé) mais globalement pas mieux répartie.

Les fondements idéologiques du mercantilisme ultra-libéral, que Jürgen Habermas appellait « métagorisme » ("le marché transcende tout" en grec) ont appel au naturalisme, qui affirme que la compétition est naturelle (et il a raison : nous l'avons héritée de nos ancêtres de la savane). Ils légitiment la détention du capital par un petit nombre d'investisseurs, aux intérêts aussi peu démocratiques que ceux des idéologues protectionnistes. Ce qu’ils oublient, c’est que contrairement aux animaux de la savane, nous ne sommes pas prisonniers de l’instinct : nous pourrions, si nous le voulions, sortir de cette stressante condition !

La colonisation s’inscrit clairement dans cette idéologie ultra-libérale, où territoires et populations sont perçues comme des proies. Et où une population qui résiste (cas des Amérindiens ou des Aborigènes) est définie comme "nuisible" et exterminée comme telle.

Aujourd’hui la mondialisation des échanges est un phénomène positif pour le développement, et ne doit pas être confondue avec la mondialisation des capitaux qui est un phénomène négatif pour le développement. Il y a assez de richesse sur la planète pour assurer à tout être humain un pouvoir d'achat équivalent à $ 1500 par mois qu'il soit actif ou non. C'est la mondialisation des capitaux qui rend nécessaires des investissements très massifs et qui fragilise le tissu d'échanges. Avec $ 4000 par mois tout être humain peut s'offrir une vie confortable, des loisirs variés, le savoir. Au-delà, l'argent achète surtout du pouvoir sur autrui. La mondialisation des capitaux permet la constitution de mégalogroupes recherchant le pouvoir de faire les lois (dites "du marché") à la place des représentations politiques.

L'enjeu des conférences de l'O.M.C., où les États négocient avec les mégalogroupes, c'est la proportion de "mondialisation positive" et de "mondialisation négative" dans la mondialisation

N’en déplaise aux partisans de la violence révolutionnaire (que la révolution soit sociale, nationale ou religieuse), la "mondialisation négative" n'est pas un impérialisme car ce n'est pas le fait d'un État : États-Unis, U.R.S.S. ou autre. La "mondialisation négative" est le fait d'un petit nombre de mégalogroupes pas forcément américains. Certes la "mondialisation négative" utilise la langue anglaise et profite à beaucoup de firmes ou de fonds d'investissements des États-Unis, mais les citoyens américains en sont victimes tout autant que les autres et parfois plus (la proportion d'Américains vivant sous le seuil de pauvreté est supérieure à la proportion d'Européens). Cela rappelle une autre "mondialisation négative" protectionniste : le communisme, qui utilisait la langue russe et profitait surtout à la nomenklatura soviétique, mais dont les Russes ont été victimes encore plus que les autres peuples soviétisés, et plus longtemps.

La "mondialisation positive" c'est l'internationalisation des échanges, sous le contrôle des nations démocratiques. Dans cette "mondialisation positive" chaque échelon politique a son rôle.

La Communauté de nations est ou devrait être le lieu d'harmonisation de la régulation des échanges, déterminée par les politiques, avec une monnaie commune. La Nation est ou devrait être la garante des droits et des devoirs des citoyens, la garante des libertés et de la solidarité, le contrepoids démocratique au monde de l'entreprise, l'arbitre d'équité. La Région est ou devrait être le lieu de prise-en-compte des sentiments et des attachements, et par là le lieu de réconciliation entre l'universel et le local, entre l'unité et la spécificité, entre l'égalité et la diversité.

Aujourd'hui, un peu partout, la tendance est au rétrécissement de l'état, qui renonce progressivement aux fonctions sociales, confiées aux Régions (qui n'en ont pas forcément les moyens), pour ne garder que les fonctions régaliennes (défense, ambassades, visas, police, justice).

* La propriété est-elle du vol ?

C’est à Proudhon que l’on doit cette formule, mais, à vrai dire, des formules semblables se retrouvent dans la bible, dans les écrits protestants, dans le coran. Depuis toujours, la pulsion exarcerbée de s’approprier beaucoup plus de biens que ceux nécessaires à la satisfaction de nos besoins physiques et intellectuels, a suscité des réactions tout aussi exacerbées de la part de ceux qui sont sensibles à la souffrance des humains manquant du minimum requis pour la satisfaction de leurs besoins physiques et intellectuels.

Pourquoi cumuler ? Dans la nature, le cumul est motivé par la prévoyance des difficultés : les rongeurs cumulent des graines pour passer l’hiver. Dans l’humanité, cette prévoyance motive certains cumuls, mais la motivation principale est le pouvoir : au niveau d’un revenu net de 5.000 euros par personne et par mois, tous les biens ou services nécessaires à la satisfaction de nos besoins physiques et intellectuels sont accessibles ; au-delà de ce niveau, on ne peut acheter que du pouvoir : le pouvoir d’épater, de collectionner, d’impressionner, d’influencer, d’acheter de l’influence, de plaire, de séduire…

Quel statut pour la propriété ? La propriété, droit humain en 1789, devient crime dans les régimes léninistes. Droit ou crime, dans les deux cas la loi fait fi de la différence qu’il peut y avoir entre une propriété acquise par le travail, et une propriété acquise en exploitant autrui. Là où elle est un droit, la propriété peut bien être fruit honnête ou fruit d’une inhumaine exploitation, elle est inaliénable. Là où elle est crime, la propriété peut bien être fruit d’un vol social ou fruit d’un travail honnête, elle est confisquée : l’état devient le seul propriétaire de tout, mais en pratique ce sont les responsables haut-placés dans la hiérarchie qui en profitent, au détriment de la masse des citoyens. En réalité, la propriété n’est qu’un outil pour vivre. Abolir la propriété, considérer que toute propriété est forcément un vol, fruit de l’exploitation de l’homme par l’homme, c’est comme abolir les marteaux parce que tout marteau est un écrase-doigts en puissance, fruit de l’imagination sadique d’un inventeur dément. C’est une position dogmatique.

Faut-il abolir la propriété ? Partout où cela a été tenté, le vol est devenu le principal moyen de vivre, parfois le seul, et le meurtre d’état, le principal moyen de dissuasion. Les cas les plus extrêmes furent l’Albanie d’Enver Hoxha, le Kampuchéa de PolPot et la Corée de Kim-il Sung. Tous régimes confondus, les pays les plus inégalitaires furent et sont ceux où le simple citoyen est empêché d’accéder à la propriété, où le bénéfice de la propriété est réservé à une oligarchie. On peut donc dire que dans la réalité, l’absence de propriété légale mène à l'appropriation de la propriété collective par une oligarchie de dirigeants (appelée "nomenklatura" par les russes et "bureaucratie" par les trotskistes), ce qui est un vol réel commis contre les peuples, encore plus violent que celui des appropriations capitalistes.

Comment en finir avec l'appropriation et l'accumulation ? Sans éducation dès la maternelle, ces deux pulsions fondamentales se manifesteront toujours, avec leurs corollaires la violence et la coercition, et dans tous les systèmes, mais plus violemment là où il n'y a pas de contre-pouvoirs. Évidemment par l'éducation, c'est long, ce qui déplaît aux impatients qui voudraient "accélerer l'histoire" et voir la "justice universelle" adevenir de leur vivant… Mais comme ils n'ont tous, marxistes ou religieux, abouti qu'à augmenter les injustices, il nous faut être patients et persévérer dans notre "travail de fourmis", sur nous-mêmes et sur les autres…

* Conclusion. La "mondialisation positive" a longtemps été associée au Keynesianisme. Le génie du Keynesianisme qu'on peut aussi appeler "social-démocratie", fut d'indexer les gains de productivité au profit des producteurs eux-mêmes. La social-démocratie a ainsi substitué l'évolution sociale à l'exploitation et à la révolution (c'est pourquoi les marxistes combattent davantage les sociaux-démocrates que les ultralibéraux ou que les fascistes). Mais cette indexation, pour fonctionner, suppose des gains permanents de productivité.

Or ceux-ci ne peuvent être ni illimités ni sans contrepartie. Les bénéfices de la colonisation et de la reconstruction d’après-guerre (les "Trente glorieuses" des pays industrialisés) n'ont concerné que 25 % de la population mondiale. Pendant ce temps la majorité du Tiers-Monde stagnait et de nombreux pays, tels la Russie, s'appauvrissaient : on les découvre aujourd'hui exangues.

Les gains de productivité étant limités par l'arithmétique, par la physique, par la climatologie et par la biologie (c'est l'histoire de Charlot dans "Les Temps modernes" ), il faut trouver une indexation alternative.

Pour les libéraux, cette alternative est la diminution de l'indexation : la casse sociale n'est pas leur problème (tant qu'elle n'aboutit pas à une révolution). Mais pour les sociaux-démocrates, cette alternative est l'indexation des constantes de la production et de la consommation. C'est le principe de la T.V.A. et du R.M.I.

C'est le rôle du politique de formuler de telles alternatives. Le politique, en démocratie, c'est l'élu. Si celui-ci faillit à ce devoir, le monde associatif, les O.N.G. prendront le relais. On s'oriente ainsi progressivement vers un monde économiquement stable, où les principes de redistribution, de préservation, de qualité et de durée finiront par remplacer les principes de croissance, d'exploitation, de productivité, de masse et de consommabilité, et où l'un des droits du citoyen terrien serait le droit à un revenu d'existence : "tu es là, tu vis, tu consommes, tu votes : tu as droit à un revenu assurant ton logement, ta nourriture, ta santé et ta formation ; et si tu t'actives socialement ou économiquement, tu auras plus".

La mise en place de ce monde économiquement stable n’a d’autre alternative que le chaos et l’auto-destruction de l’humanité, par épuisement des ressources et l’aggravation des inégalités et des tensions jusqu’au point de rupture. Même les mercantilistes et les extrémistes le savent, et c’est pourquoi nous assistons actuellement à une véritable "course contre la montre" entre ceux qui voudraient prendre les devants pour éviter le "grand soir", et ceux qui pensent qu’ils ont encore un peu de temps devant eux pour tirer au maximum la couverture dans leur sens, tant qu’ils le peuvent encore.

Il se passe actuellement en économie ce qui s’est passé il y a 15 ans en politique : une foire d’empoigne où chacun cherche à s’adjuger le maximum de pouvoir et de territoire, avant que des traités ne viennent figer frontières, statuts et partage des ressources. Quant à nous, nous subirons ce que nous laissons faire.

 

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