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Si tu es arrivé ici, nous pourrons peut-être échanger quelques idées...

Les anciens et les modernes

Publié le 25 Juillet 2021

J'ai reçu une compil' d'expressions anciennes et modernes. Elle serait super si elle n'avait pour but que de montrer comment la langue de bois s'impose au détriment de la sincérité.

C'est de ça que ça a l'air, au premier abord. Ce n'est pourtant qu'un leurre. Un parmi beaucoup d'autres, commerciaux, religieux, politiques...

Un glaçage appétissant d'éclair au chocolat, mais la crème à l'intérieur est à base de crotte de chien (même couleur, pas même saveur).

Le vocabulaire  n'est pas innocent mais identitaire, et c'est tant mieux car regardez comment il révèle l'esprit de celui qui "vocabule"... c'est si humain !

Analyse et démonstration  :

Inculpation. A été expurgé du Code Pénal au profit de « mise en examen », cela afin d'éviter une infamante présomption de culpabilité. Être « en examen » ne présage pas du résultat de l'examen.
--> Vérité et lapalissade.
Aujourd'hui quand quelqu'un est mis en examen, on doit toujours insister sur le fait que cela ne préjuge pas de sa culpabilité.
--> Mensonge : le changement de loi et de vocabulaire a fait son effet, et les médias sont bien plus prudents qu'au temps d'"inculpé" : à l'époque, ils condamnaient l'accusé avant le jury. Sans même parler des rumeurs, pas encore numérisées à l'époque, mais déjà aussi venimeuses.
Comme du temps où il aurait été « inculpé ».
--> Conclusion biaisée par le mix vérité+mensonge : « puisque ça ne change rien, autant rétablir "inculpé" ». Plutôt que le dire lui-même, l'auteur de ce biais tente de nous le faire penser, pour que nous souhaitions à sa place le retour au passé. Habile manip' !

Instituteur. Longtemps remplacé par « Maître d'école ».
--> Vérité.
Il tend à disparaître par sa dissolution dans le concept fourre-tout de l'enseignement
--> Mensonge : affirmation gratuite.
...au bénéfice de « Professeur des écoles ».
--> Amalgame : un "prof des écoles" est simplement un titre administratif, qui ne se substitue pas au langage courant.

Maîtresse. Ne pas assimiler à la version féminine d'instituteur !
--> Mais si, pourquoi pas ?
Ce serait une « professeure des écoles ». Les maris n'ont plus de maîtresse mais une « amie »...
--> Amalgame hilarant, qu'est-ce qu'on se marre !
Les épouses conservent parfois l'amant, mais seulement à cause de la connotation romantique. Les moins romantiques n'ont qu'un « ami » aussi !
--> Donc "amant" c'est romantique, mais "ami" non ? Admettons... mais alors, comment articuler ça avec la suite ? :

Morale. À force d'être inemployée, a disparu.
--> Mensonge
Ne demeure que « ordre moral », mais attention : connoté de « fascisme »
--> Amalgame, seule une gauche minoritaire dite extrême postule encore que tout ordre moral serait "fasciste".
Toutefois, personne ne se réclame du « désordre moral »
--> Vérité : la majorité des citoyens souhaite un ordre moral plus strict (au point que Disneyland a récemment viré une maman allaitant son bébé).
La morale n'est plus enseignée, elle est remplacée par l’ « éducation à la citoyenneté »
--> Mensonge et amalgame : d'une part ça s'appelle "EMC" pour « Éducation morale et civique », d'autre part ça laisse sous-entendre que la citoyenneté serait sans morale, et là encore, l'auteur de ce texte tente de nous le faire déduire à nous, plutôt qu'affirmer franchement lui-même ce qu'il pense.

Mourant. Il n'y a plus de mourant, mais des malades « en phase terminale ».
--> Mensonge  : le jargon médical ne se substitue pas au langage courant.
Afin d'éviter une regrettable confusion, ne dites pas à votre fils qu'il est en terminale, mais qu'il va passer son bac !
--> Amalgame hilarant : qu'est-ce qu'on se marre !
Pour désigner un mort doit-on parler d'un individu « en phase terminée » ?
--> Suggestion intéressante : pour parler d'un nostalgique du passé, on pourrait parler de « personne en phase rétrograde ». Mais, personnellement, je trouve ça un peu péjoratif. De même que les bouchers disent que les végétariens « ne sont pas des gens qui aiment les animaux mais des gens qui haïssent les plantes »,  on pourrait aussi dire que les nostalgiques du passé « ne sont pas des gens qui aiment nos racines mais des gens qui haïssent notre présent ». Ces affirmations sont toutes fausses : en fait, ils ne haïssent que ce que nous appelons, à tort selon eux, le "progrès".

Patriote. Totalement absent du vocabulaire politique et civique
--> Mensonge  : un patriote est quelqu'un qui aime sa patrie (au sens du droit du sol : respecter le territoire, les patrimoine, les paysages, les ressources, les habitants végétaux, animaux et humains sans discriminations). Mais bien sûr l'auteur de ce texte ne s'y retrouve pas. Parce que ce qu'il déplore, c'est l'absence dans le discours public de l'autre sens du mot « patriote »  (le sens du droit du sang : n'aimer que les citoyens de souche métropolitaine, ayant leurs racines ethniques en métropole et pratiquant ou ayant pratiqué les religions de l'ancienne métropole, et détester les autres, souhaiter leur exclusion ou expulsion).
Désigne aussi un bon citoyen américain, et un missile américain...
--> Référence intéressante : cela désigne aussi dans ces pays un "bon citoyen" brésilien, russe, turc, birman, chinois, nord-coréen, c'est à dire qui obéit sagement à son gouvernement et essaie d'accumuler les "bons points" d'obéissance. Travail, famille, patrie, quoi...

Pauvre. N'existe plus. C’est un « défavorisé », un « plus défavorisé », un « exclu », un « S.D.F. », à la rigueur un « laissé pour compte ».
--> Mensonge : là encore le jargon socio-économique et administratif ne se substitue pas au langage courant. Mais on sent bien pourquoi ces termes déplaisent à l'auteur de ce texte : ils sous-entendent que le pauvre lui-même pourrait ne pas être le seul responsable de son état, que peut-être nous autres, la société, nous pourrions aussi avoir une part de responsabilité s'il y a des pauvres. Cela crée de la mauvaise conscience, ce qui est intolérable : merde alors ! on doit pouvoir vivre correctement, se foutre que des pauvres crèvent et avoir néanmoins la conscience tranquille, non ? T'es pas d'accord ?
Dans les années 1980, il subsistait uniquement dans l'appellation « nouveau pauvre » ; ce fut le chant du cygne.
--> Faux mais ce paragraphe sur les pauvres est exemplaire de ce que Boris Cyrulnik appelle « le dégoût de la souffrance de l'Autre qui nous emmerde » (sic).

Province. Dire désormais « en Région ». On ne dit plus du « provincial », mais du « régional ».
--> Ignorance et cuistrerie : les mots administratifs "commune", "arrondissement", "agglomération", "département", "région" et "nation" ne se sont jamais substitués aux mots du langage courant « province » et « pays ». Mais là encore, on sent comme une nostalgie des anciennes provinces historiques d'avant la Révolution française... dont quelques rares historiens (cette race maudite qui nous empêche d'idéaliser en rond l'« Occident chrétien ») se souviennent à quel point elles étaient complexes, superposées, inégalitaires et souvent ingérables.

Race. A été abolie au profit d'« appartenance ethnique ».
--> Ignorance et cuistrerie : d'une part « appartenance ethnique » ne remplace pas « race », et d'autre part il y a bien une « race » dès lors qu'il y a concordance entre le haplogroupe génétique et la morphologie physique. Hélas pour les racistes, c'est bien le cas chez les poules, les vaches, les chiens et les chats... mais, ô malheur, pas chez les humains, où haplogroupes génétiques et phénotypes ne concordent pas ! Voilà pourquoi on ne peut plus parler de « races » dans notre espèce. Alors ça, ça emmerde copieusement tous ceux qui aiment dire « enculé de ta race » et aussi tous ceux qui veulent se croire d'une « race supérieure ». D'où leur colère contre la génétique, la biologie, l'anthropologie, et en général contre les sciences.
Sinon, vous êtes raciste, fasciste, nauséabond.
--> Mensonge et amalgame : c'est bien plus frustrant et profond que ça. Dans la pensée biblique judéo-chrétienne, selon la malédiction de Canaan (dans la Genèse 9:18-29), les noirs censés descendre de Cham selon la « Table des peuples », étaient réputés voués à être asservis par les descendants de Sem et de Japhet (ce dernier, ancêtre des  « blancs », étant le chef de toute la  « race humaine », et sa descendance est vouée à dominer le monde). C'est cette vision du monde, jadis enseignée dans les écoles primaires européennes (avec ou sans référence à la Genèse, selon que l'école était religieuse ou laïque) qui est aujourd'hui qualifiée de « naïvement dégueulasse », et qui a été ravalée au rang du « racisme fasciste et nauséabond » par les progrès des sciences.
On peut néanmoins dire « black » en anglais et en banlieue.
--> Vérité  : même l'emploi du mot "noir" pour désigner quelqu'un est devenu synonyme de racisme, comme on l'a bien vu en foot par exemple. Alors qu'avec "blanc" ou "asiatique", pas de souci !!! Cela montre que l'inégalité entre les soi-disant « races » et l'infériorité de la « négritude » sont toujours présentes dans l'inconscient collectif, même dans celui des Noirs, même dans celui des antiracistes ! On ne se débarrasse pas en une génération de plusieurs millénaires de préjugés, et cela vaut aussi pour les femmes, les LGBTetc, les rouquins, les albinos, les handicapés, les « bâtards » et autres hors-norme jadis « maudits des dieux ».

Servante / Bonne. Se trouve dans les romans du XIX-e siècle. Aujourd'hui, c'est une « employée de maison ». Quand elle s'occupe de vieux – pardon, de « personnes âgées » − elle devient une « auxiliaire de vie ».
--> Nostalgie là encore d'une époque révolue : mais où sont donc passées les bonniches et les bécasses d'antan, ignorantes, illettrées, totalement dépendantes de leurs maîtres vue la pauvreté de l'époque, arrachées à leurs familles, sans droits sociaux, corvéables et violables à merci ? Encore ces salopards de gauchistes, de franmacs, de juifs et d'intellos qui nous ont privés de ce temps de cocagne ! Attendez un peu qu'on mette au pouvoir un vrai patriote (dans le sens du droit du sang) et vous verrez comment qu'on va le faire revenir, le temps de cocagne où le fort écrasait le faible !

Séquestré. Aucun cadre, aucun chef d'entreprise n'est séquestré : il est « retenu contre son gré » !
--> Même mensonge  : « retenu contre son gré » n'est qu'une formule qui ne remplace ni « séquestré », ni « otage ».

Vandales. A laissé place à « jeunes en colère » ou à « paysans en colère ». L'ampleur des dégâts distingue les vandales des autres.
--> Même sophisme et même mélange de vérité et de mensonge (l'éclair glacé au chocolat à la crotte de chien) : qu'il y ait des « vandales » dans les manifs ne signifie pas que tous les gens « en colère » soient des « vandales » (de même que le fait que les chats et Socrate soient mortels ne signifie pas que Socrate est un chat), et ce n'est pas une question d'« ampleur ». Dans quel but ? ressasser l'antienne fascisante « les manifestants, tous des casseurs ».

Vol. Terme réservé aux gagne-petit et aux obscurs.
--> Amalgame qui sous-entend que tous les ouvriers et les précaires seraient des voleurs.
Pour les politiques, on parlera d' « enrichissement personnel », qui est condamné unanimement par les collègues, contrairement à l'enrichissement impersonnel, qui, lui, ne bénéficie qu'au parti...
--> Amalgame entre un terme juridique pour un certain type d'abus et le terme vols qui est beaucoup plus général. Dans quel but ? ressasser l'antienne populiste « les élites, tous des pourris ».
Mérite la compréhension, ce que les juges n'ont pas encore compris !
--> Évidemment puisque les juristes font partie des élites, donc détestables. Ce sont eux qui nous empêchent de remplacer la justice par la vengeance, donc : « à bas les juristes » et « vive la matraque » !

Voyou. En voie d'extinction... On ne connaît que des individus « bien connus des services de police », des « récidivistes » et des « multi-délinquants ».
--> Amalgame entre le terme courant qui n'a pas disparu et le jargon policier et juridique que l'auteur de ce texte aimerait bien faire disparaître puisqu'il est moins discriminant et stigmatisant que « voyou ». Ah, mais où est donc le bon temps des bagnes d'enfants ? (il y en avait un à l'Île du Levant).

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J'ai aussi reçu ce post de François Ruffin et l'ai attentivement lu.
« Il ne faut rien céder à la violence. » Depuis la gifle, Emmanuel Macron le répète. Sans s’interroger, jamais, sur sa part à lui, dans cette histoire. Lui qui, durant un hiver en jaune, a tenu par la force. Et à quel moment le président a-t-il présenté ses regrets aux manifestants, aux passants, revenus d'un samedi avec un œil en moins, un bras amputé, la vie brisée?
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Macron, c'est Macron. Il est visiblement et sincèrement convaincu que les « premiers de cordée » ne sont pas les États et les services publics (à réduire) mais les entrepreneurs, bien connus pour leur philanthropie et leur désir de sauver toute leur cordée sans jamais laisser tomber personne, même si l'entreprise va mal. Cette conviction suscite beaucoup de haine contre lui, mais il sait en faire une force, car il sait s'identifier à la démocratie, à la raison, à la courtoisie, à la civilisation, à la sécurité et à l'état de droit. La France est (comme bien d'autres nations) toujours clivée, non plus « droite-gauche » comme avant, mais  « modéré-extrémiste ». Intéressant, non ?

Ruffin, c'est Ruffin. Pour lui il n'y a de violence légitime que révolutionnaire, c'est 100% logique. Engels et Marx l'écrivaient déjà. Et d'autres avant eux. C'est Prométhéen. C'est Spartacus (un gars de chez moi, des Balkans). Pour Ruffin, l'extrême-droite à l'Élysée à la place de Macron, ce serait du pain bénit (si j'ose dire) car ça au moins, ça pourrait peut-être déboucher sur une révolution prolétarienne ! Enfin !

Né en 1955 en Roumanie autoproclamée "démocratie populaire", où j'ai grandi, et ayant assisté aux premières loges aux évènements de 1968 d'abord à Prague, ensuite à Paris, puis aux évènements de 1989-91, je voudrais signaler une autre violence, qui est aussi l'arnaque majeure du XX-e siècle. Rien de moins.

Depuis Prométhée et Spartacus, le prolo espérait. La Commune, Fourier, Marx, Engels et bien d'autres fourbirent des pensées, des actions, un parti. Une espérance majeure s'est levée. Changer le monde. On s'organisa. On appella cela "socialisme", "communisme". C'était très fort. Mais dans la troupe, il n'y a pas que des travailleurs honnêtes désireux de bâtir un monde plus équitable. Il y a aussi des haineux qui confondent justice et vengeance, et qui sont là pour accomplir la leur, de vengeance, sous couvert de lutte des classes. Et bien sûr, comme partout, il y a des opportunistes, des qui sont là pour faire carrière, profiter, ou pour avoir un fan-club et un réseau de pub efficace pour leurs oeuvres artistiques ou littéraires.

Les travailleurs honnêtes désireux de bâtir un monde plus équitable ne sont pas majoritaires. C'est l'humanité, elle est comme ça. Les haineux accomplissent leur vengeance en massacrant à tour de bras, en commençant bien sûr par les anciens exploiteurs et leur sale engeance de famille, et quand il n'en reste plus, en continuant par les travailleurs "tièdes", les paysans "réfractaires", tous ceux qui doutent ou qui réfléchissent, et quand il n'en reste plus, en se dénonçant entre eux. Au passage ils rétablissent l'esclavage de masse, dans les camps, qui avalent des millions de victimes au fil des décennies. Tant mieux pour la nature, pour la planète. Elle peut remercier les maîtres d'oeuvre, car sans les Staline, Mao et autres PolPot, l'humanité compterait aujourd'hui 12 milliards de personnes, si leurs victimes avaient survécu et s'étaient reproduites. Ces tyrans, ce sont des bienfaiteurs de la planète ! Et puis tout ce sang, tous ces cadavres ont enrichi les sols.

Une fois les vengeurs assouvis ou exterminés entre eux, il reste les opportunistes. Eux, ce qu'ils veulent, c'est profiter du système. Le système ne leur appartient pas en "propriété privée" mais qu'importe puiqu'en tant que "camarades méritants", ce sont eux, 20% de la population en moyenne, qui se gavent et qui décident de tout. Ils freinent les massacres, cessent de fusiller, déporter ou affamer des peuples, des villages, des quartiers entiers. Les survivants leur en sont reconnaissants, ils les applaudissent. C'est la "détente". Tout le monde vole, ment et se démerde au noir, plus personne (à part une minorité de dissidents) ne croit aux slogans creux comme "démocratie populaire", "socialisme" ou "communisme". Les rares fois où les dissidents tentent des formes de "socialisme à visage humain", on leur envoie les chars. Le prolo ne croit plus qu'à sa survie ("aujourd'hui, je n'ai pas été arrêté" ) et au saucisson qu'il peut ramener le soir à la maison ("ouau ! t'as trouvé de la viande ? t'est un héros, papa !" ). L'espérance est morte.
Elle est là, l'arnaque majeure du XX-e siècle.

Et puis il y a trente ans, les "camarades méritants"  en ont eu marre de réciter des slogans vidés de sens, auxquels plus personne ne croyait, et ont basculé dans l'économie de marché. La plus sauvage ("libre") possible. Ils ont privatisé le système à leur profit et sont devenus des "messieurs" : "messieurs les oligarques", qui s'intègrent dans le capitalisme mondialisé. Prométhée se fait bouffer le foie, Spartacus est crucifié. Leurs millions de victimes sont passées par profits et pertes, pas de dévoir de mémoire, pas de Nuremberg pour elles. Ce n'étaient pas des Occidentaux. C'étaient des Polaks, des Russkoffs, des Chinetoques, des Niaqués, des Cafres, des Crouilles, bref des sous-hommes. Ils ne comptent pas. La phrase-clef est "on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs".  Facile de dire ça lorsqu'on n'est pas l'œuf. Les Polaks, les Russkoffs, les Chinetoques, les Gnaqués, les Cafres et les Crouilles ont bien vu la casse, mais n'ont jamais goûté l'omelette : ils ont juste changé de tyrans, désormais tous issus de leurs propres rangs.
Elle est là, l'arnaque majeure du XX-e siècle.

Et la batte, qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans, la batte ?
La batte, c'est le prolo qui l'a. À l'Est, de Berlin à Pékin et de l'Arctique aux Tropiques, il l'a eue sur la tronche, et sa cervelle a tremblé dans son crâne fracturé. Depuis, il a du mal à penser. Mais peut encore picoler. À l'Ouest, il y a des "Droits humains". L'humain occidental est une espèce supérieure : en espace médiatique, une victime occidentale vaut cent victimes orientales et mille indiennes ou africaines (les journalistes appellent ça "la règle du mort au kilomètre" ). Alors la batte, joliment peinte de couleurs vives, délicatement ointe de vaseline, le prolo occidental devenu d'abord un "consommateur" (mais qui ne somme plus beaucoup), il l'a dans le baba, et bien profond.

"Prolétaires de tous pays, unissez-vous !". C'est raté : même sur les Champs-Élysées, ils sont très divisés sous leurs gilets. Ce qui les rassemble, ce n'est pas un projet de société, ce sont leurs fins de mois. Leur pouvoir de consommation. Les exploiteurs et les profiteurs, en revanche, ont bien compris le message et sont beaucoup plus unis. La finance est un étendard beaucoup plus rassembleur que la violence révolutionnaire. Normal : dans la violence révolutionnaire, tu risques aussi ton propre sang. Dans un monde financiarisé, tu ne risques que ton pognon. Or "plaie d'argent n'est pas mortelle" nous répètent depuis Crésus les videurs de poches.
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Des compromis, pas des cons promis. De toute manière, les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

Pour ma part, il me semble que le président français est sincèrement démocrate, mais qu'il est tout aussi sincèrement libéral, avec la conviction que l'entreprise privée est le seul moteur économique possible et la seule manière de produire des biens et des services, et qu'elle doit primer sur le reste, sur l'État, sur les services publics, et même dans une certaine mesure sur la santé. Donc forcément les compromis qu'il propose sont insatisfaisants pour tout le monde.

Que l'entreprise privée est le seul moteur économique possible et la seule manière de produire des biens et des services, ce n'est pas ce que dit la revue "Alternatives économiques"  https://www.alternatives-economiques.fr/, mais cette revue n'a que peu d'audience dans les milieux dirigeants, car elle propose des modèles économiques basés sur d'autres émotions que la maximisation des profits, la compétition et la convoitise.

Que les compromis du libéralisme soient insatisfaisants pour tout le monde, n'est pas une raison pour jeter aux "poubelles de l'histoire"  (expression de Léon Trotsky) les valeurs fondatrices de la démocratie pluraliste et laïque, que, pour le moment, la République Française incarne encore bien mieux que la plupart des 50 États-Unis, que le Brésil, la Grèce, la Hongrie, la Pologne, l'Ukraine, la Russie, la Turquie, la Libye, l'Algérie, l'Égypte, la Syrie, le Liban, Israël, l'Iran, les pays de la péninsule Arabique, le Pakistan, l'Inde ou la Chine...

Cette République Française, je ne l'ai pas trouvée au berceau. Il m'a fallu, comme à des millions d'autres, la mériter. Elle me permet d'être agnostique et passionné de sciences sans me faire menacer, insulter, mépriser, marginaliser, assassiner. Elle mérite ma reconnaissance et que je la défende. Y compris contre les citoyens « de souche » qui voudraient l'abattre.

 

Les anciens et les modernes
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