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Si tu es arrivé ici, nous pourrons peut-être échanger quelques idées...

Le net, le flou, et la "pyramide de Maslow".

Publié le 13 Août 2021

"Tout devient dogme à qui en a psychiquement besoin", dit-on. Quand on va vers le fanatisme qui est le plus extrême pouvoir, oui. C'est ou aveuglément clair, ou aveuglément obscur, et net comme sur une planète sans atmosphère. La règle, la méthode, la loi sans nuances, sans humanité, sans largeur de vue, sans perspective, la règle pour la règle, l'obéissance absolue, la conformité absolue. La perversion suprême de l'idéal.

À l'autre extrême, "tant qu'il y aura des pigeons, il y aura des faisans", dit-on encore. Quand on va vers une vie sans éthique qui est le plus extrême égoïsme, oui. C'est gris, opaque, brouillé, trouble comme sur une planète gazeuse sans sol. L'opportunisme pour l'opportunisme, pour qu'on puisse tout se permettre sans le moindre respect pour quoi ou qui que ce soit. La perversion absolue du réalisme.

Entre ces deux extrêmes, nous descendons d'un sommet, tout schuss ! Celui de la "courbe de Gauss" de nos succès mal partagés... Et, chose incroyable, l'arrivée de l'humanité à ce sommet, cela s'est passé de mon vivant, et j'ai le vertige en pensant que durant ma seule vie, une simple vie humaine, j'ai pu voir, sans l'avoir cherché, le sommet de tant de courbes.

Durant mon enfance, il y avait plus de dictatures que de démocraties sur Terre. Plus d'une était totalitaire, ce qui veut précisément dire que le pouvoir des "Big Brother" pouvait contrôler toutes les sphères de la vie, y compris privée et intime, y compris celle de la pensée et celle des sentiments (dont le plus omniprésent était la peur) : je suis né dans l'une d'elles. La pauvreté et les inégalités étaient terribles : même en Europe des millions de familles n'avaient pas l'eau courante. Il n'y avait même pas un boulon dans l'Espace interplanétaire. La phallocratie était normale, la plupart des femmes étaient juridiquement mineures, et les battre, ainsi que les enfants, était normal, y compris à l'école. Seuls quelques grands savants parlaient d'environnement et de ressources, seuls quelques éducateurs et psychologues parlaient des enfants comme de personnes humaines, et peu de gens les prenaient au sérieux. Mais on montait tous. On espérait tous un monde meilleur, sinon pour nous, du moins pour les enfants. L'école avait du prestige, les enseignants aussi. L'ingénieur, le scientifique, le médecin, le pompier, l'instituteur étaient respectés.

Et puis ce fut le sommet de la courbe. Dans les deux décennies 1990 et 2000, il y a eu plus de démocraties que de dictatures dans le monde (c'est la première, peut-être la seule fois dans l'histoire). S'il y avait toujours de la pauvreté et des inégalités, jamais autant d'humains n'ont accédé à l'eau courante, à la suffisance alimentaire, à l'électricité, au confort, à l'instruction publique : un sur cinq, ce qui représente plus d'un milliard et demi. Et dans ce groupe-là, les femmes, les enfants et les minorités de toute sorte ont eu plus de droits et de protections qu'ils n'en avaient jamais eu dans l'histoire, même si ça reste insuffisant. Des sondes spatiales sont en train de sortir du système solaire, et une nuée de satellites ont fait de la Terre un grand village, au point que leurs débris polluent l'Espace. Ce furent aussi les deux décennies du grand désarmement suite aux accords SALT. Jamais les tensions géopolitiques ne furent aussi basses que durant ces deux décennies-là, jamais autant de guerres civiles ne se sont arrêtées faute de financements et d'armements.

Et maintenant que je suis vieux, mais toujours en vie, on redescend. Les démocraties s'effritent, les dictatures repoussent comme des champignons, de plus en plus de citoyens les souhaitent, ignorant qu'elles ne vont pas sauver leurs acquis, mais les détruire. Ce n'est pas étonnant : la seule dictature génocidaire à avoir été soigneusement décortiquée et solennellement condamnée est le nazisme ; toutes les autres sont passées par profits et pertes sans que leurs idées mortifères soient dénoncées et sans que leurs victimes soient honorées par le devoir de mémoire. De ce fait, même les néonazis relèvent la tête : "si les autres ne sont pas condamnés, y'a pas de raison pour qu'on le soit".

Les guerres civiles repartent, les blocs se reforment, et ils se réarment (ce ne sont pas les mêmes idéologies, ni les mêmes guérillas, ni les mêmes blocs, mais ce sont les mêmes dangers). En Italie, en Pologne, en Hongrie, en Russie, en Turquie, en Chine, aux États-Unis, au Venezuela, au Brésil, en Égypte, des présidents parfois démocratiquement élus sèment la division et la haine, deviennent des dictateurs et leurs peuples les applaudissent. Ils les applaudissent parce que l'ignorance aussi revient, de même que les superstitions et des manières de penser et de vivre médiévales, en dépit de tous les progrès éducatifs.

Les humains qui ont plaisir à manipuler et dominer leurs semblables profitent des moyens de communication modernes pour trouver des ouailles à protéger et entraîner. Bê-ê-êê ! La pauvreté revient, les inégalités s'accroissent à nouveau, la saleté revient, l'hygiène recule, la gale et la rougeole repartent. La médecine progresse encore, mais est de plus en plus chère, de moins en moins accessible. Les charlatans prolifèrent et des escrocs par milliers en profitent pour arnaquer les gogos par millions grâce aux réseaux sociaux.

Quand je suis né, on pouvait vivre en autarcie quand on était pauvre. Aujourd'hui, on n'a plus ce recours : eaux et sols sont empoisonnés, il n'y a plus de pollinisateurs ni de régulateurs ni de coprophages, et les semences sont en grande partie stériles (les fertiles sont gardées dans des coffres-forts par les grands semenciers). En mer, le poisson se fait rare. Tout ça dans une seule vie : juste la mienne !

J'ai vu les cimes, les luttes, les espérances, les libertés, l'égalité, la fraternité, la prospérité, j'y ai participé, j'y ai chopé le diabète tellement c'était bon, j'ai vu les petits enfants des pays ou des quartiers pauvres aller à l'école, parfois fort loin, habillés de leur mieux, pleins de courage et d'optimisme, et maintenant je vois le gouffre, je vois la redescente, je vois la rancœur, la coupure d'avec la société, l'oubli de tout ce qu'elle nous apporte, la haine pour ses valeurs (alors que ce sont les abuseurs qu'il faudrait mettre en cause, au lieu de les admirer), la radicalisation, le tsunami. Dans le cours d'une seule vie ! C'est fou ce que ça va vite. Ce n'est plus de l'histoire, c'est un carrousel : j'en ai le vertige.

Quand j'étais petit de l'autre côté du Rideau de Fer, je ne l'imaginais pas. L'optimiste disait alors : "Au train où ça va, nous n'aurons bientôt plus que de la bouse de vache à manger". Le pessimiste répondait : "Et tu verras qu'il n'y en aura pas pour tout le monde". On a quand même fait du chemin depuis, on n'est pas encore redescendus aussi bas qu'on l'était il y a six décennies, au début de ma vie. Mais on descend, comme le Titanic, même si l'orchestre continue à jouer des valses sur le pont... Le pessimiste d'aujourd'hui, pensant aux lendemains qui déchantent : "Au train où ça va, il faut arrêter de faire des enfants, pour leur éviter l'enfer !"  L'optimiste, pensant aux moyens de survie : "Au contraire, il faut en faire le plus possible, sinon il n'y en aura pas pour tout le monde !"

« Horrible » ? Mais non ! Il reste l'espoir. L'espoir vient de l'idéal. La France est un pays qui, dans son histoire, a propagé beaucoup d'idéaux. Trois d'entre eux figurent au fronton de ses institutions : "Liberté, Égalité, Fraternité".  C'est aussi un pays qui a eu ses dogmes, au nom desquels elle a tranché net des têtes ou fusillé des résistants : centralisme, républicanisme, unitarisme, uniformitarisme, nationalisme ethnique. Et c'est également un pays où tout est devenu flou avec le temps, même les principes les plus élémentaires, les plus basiques.

Combien de citoyens savent encore expliquer, au premier quart du XXI-e siècle, ce que signifient exactement les mots "Liberté, Égalité, Fraternité", mais aussi "Laïcité, Citoyenneté, Solidarité", ce qu'ils impliquent au quotidien et à quoi ils donnent droit ? Pour la plupart, ce sont des mots creux, des paroles en l'air. On ne réalise la gravité de cette ignorance que lorsqu'une émeute ou manifestation dégénère en graves violences. On le déplore alors, mais on continue à en ignorer le sens, bien qu'ils soient enseignés dans les écoles. Paradoxal, non ?

Un texte peut être très gros : s'il n'y a pas de lumière, personne ne le verra. La lumière, ce serait la clarté sur le paysage. Et non le brouillard. Or la société française, si l'on écoute ses mots, semble être dans le brouillard.

On y trouve un parti qui s'appelle "Les Républicains"  alors qu'à part une minorité de royalistes, ils sont tous républicains. On en trouve un autre qui s'appelle "Rassemblement national"  alors qu'ils se veulent tous rassembleurs et protecteurs de la Nation. Aucun parti ne s'appelle "Parti libéral" ou "Parti Européen" alors qu'ils sont plusieurs à l'être, notamment les "Républicains"  et "En marche"  dont peu de citoyens sont capables de voir les différences. Et c'est logique, vu qu'une majorité des "Républicains"  est proche d'"En marche"  tandis que la minorité est proche du "Rassemblement national"  (qui, lui, s'affirme anti-Européen, tout en y siégeant et en tétant quand même aux mamelles européennes, cherchez la cohérence).

On y trouve un parti qui s'appelle "Communiste"  alors qu'il a renoncé depuis le XX-e siècle à la lutte des classes, à la dictature de prolétariat, au parti ouvrier unique et à la nationalisation des moyens de production, qui sont les quatre piliers du communisme. On y trouve un parti qui s'appelle "Socialiste"  alors qu'il a renoncé depuis le XXI-e siècle à toutes les spécificités historiques du socialisme (état-providence, principaux services publics nationalisés, marché bien réglementé, forte protection sociale).

Les deux acceptent une économie de marché débridée et la démocratie pluraliste. Même "La France insoumise"  se contente de proposer d'aménager cette économie, et a renoncé à tout nationaliser. Là encore, peu de citoyens sont capables de voir les différences (les "Socialistes"  sont pro-Européens, les "Communistes"  et les "Insoumis"  anti-Européens comme le "Rassemblement national" ). Il existe aussi de petits partis qui n'ont pas renoncé à la lutte des classes, à la dictature de prolétariat et à la nationalisation des moyens de production, mais à part la "LCR",  ils ne s'appellent pas "Communistes" : ils se disent "ouvriers"  ou "des travailleurs".

En France, tout est flou, dissimulé, les noms des partis sont des slogans publicitaires qui n'annoncent rien : il n'y a donc pas de "Parti conservateur" (ce que devrait être le "Rassemblement national" ), ni de "Parti libéral" (ce que devrait être "En marche" ), ni de "Parti social-démocrate" (ce que devraient être les "Socialistes" ), ni de "Parti travailliste" (ce que devraient être les "Insoumis" ), ni de "Parti communiste" qui le soit vraiment. Les médias ne s'y trompent pas, qui désignent parfois ces partis par les noms de leurs leaders : "Gaullistes", "Sarkozystes", "Macronistes", "Mélenchonistes", "Lambertistes". Quant aux électeurs, une abstention massive et une défiance croissante disent bien ce qu'ils en pensent.

De Gaulle parlant des "gaullistes" disait : "si nos idéalistes avaient un peu de réalisme et nos réalistes un peu d'idéal, j'aurais moins de mal à maintenir la France parmi les grandes puissances".  Il semble que le juste milieu ne soit guère facile à trouver. Pour ma part, je m'y essaie, mais cela a un prix.

Ce prix, c'est le mépris, voire la haine que parfois je suscite d'un côté ou d'un autre. Les dogmatiques, qui prennent la légalité pour de la légitimité et la vengeance pour de la justice, me considèrent comme un sans-loi, un déviant subversif. Les amoraux, qui prennent la possession de biens pour de la plénitude et le prestige social pour de la réussite, me considèrent comme un médiocre, un rêveur sans-ambition. Les gens de droite me prennent pour un "gauchiste", les gens de gauche pour un "réac". Il leur faut des petites boîtes. Grand bien leur fasse : ils m'évitent, je les évite, tout est pour le mieux.

Il n'en reste pas moins que si on veut que les mots aient un sens, apparemment il ne suffit pas de passer par l'Éducation nationale (qui ne semble plus être ce que fut l'Instruction publique). Des éléments basiques de vocabulaire doivent être rappelés. Et c'est un métèque, moi, qui doit s'en charger ! Un comble...

Les mots français ont souvent été mis "à toutes les sauces" et il est devenu difficile de s’accorder sur le sens de termes tels que « libéralisme », « mondialisation », « communisme », « laïcité », « intégrisme », « totalitarisme » ou « altermondialisme ». Il faudrait donc faire un travail de retour au sens, et, si nécessaire, utiliser les nouveaux termes issus de la recherche scientifique.

    ● Même si "tout devient Dogme à qui en a psychiquement besoin", peut-on qualifier de "dogme"  toute idée qui ne nous convient pas ? C'est pourtant ce que font, par exemple, les partisans d’une interprétation littérale de la Bible, qui qualifient de "dogme"  la quasi-totalité de la Science ainsi que les principes de la démocratie pluraliste : ils regroupent cela sous le terme anglais de « main stream » (courant principal, autrement dit opinion majoritaire... forcément totalement fausse, manipulée, imbécile, aliénante).

● Un "dogme"  est un système de pensée qui vise à tout expliquer à partir d’un ensemble de convictions préconçues, qui interprète la réalité de manière à démontrer la validité de ces convictions et d’elles seules, et qui refuse de remettre en question ces convictions. Par définition, un "dogme"  n’est pas accessible au doute et se pense supérieur à toute autre pensée. Même s’il peut adapter ses stratégies aux évolutions du monde, un "dogme"  existe pour préserver une finalité, pas pour en changer. Par conséquent, il finit soit par s’imposer, soit par imploser et disparaître (comme la religion impériale romaine).

● Comme exemples de convictions préconçues, nous avons les vérités révélées (c’est à dire, concrètement, les paroles ou les écrits des prophètes), ou les théories globalisantes et figées issues de certains leaders de la pensée ou de l’action. Pour éviter que les "dogmes"  ne viennent s’imposer autoritairement à la société, on a créé la "laïcité". La laïcité n’est pas une opinion, c’est un système juridique qui rend toutes les opinions égales devant la loi civile.

    ● La "laïcité"  n'est ni la cohabitation de toutes les confessions ni le partage d'une société entre elles, comme au Liban. Le partage de la société entre confessions s’appelle « communautarisme » ou « confessionnalisme », mais ses promoteurs le nomment "laïcité ouverte" ou "moderne". C'est une imposture, car la véritable laïcité est la neutralité religieuse de la société toute entière : la foi étant affaire personnelle de chaque citoyen, n’intervenant pas dans la vie publique, et n’imposant pas ses préceptes. S'il peut y avoir laïcité sans démocratie (Albanie, Corée), il ne peut y avoir de démocratie durable sans laïcité, qui seule garantit la liberté d'opinion pour tous.

    ● Même si on déplore les mauvais usages faits de la "démocratie",  on ne peut pas tout amalgamer. La démocratie, par définition, n’est pas corrompue, même si des groupes de pression en abusent. La corruption existe, mais la démocratie n’en est pas la cause ; la corruption prospère davantage encore dans les sociétés non-démocratiques. Pas plus que le marteau n’est responsable des doigts écrasés, la démocratie n’est responsable des abus commis par les prédateurs qui en profitent. La démocratie, par définition, n’est pas totalitaire, même si des dictatures se sont autoproclamées « démocraties ». Lorsqu'on est soi-même démocrate, il faut refuser d'avaliser leurs mensonges. On peut parler de Congo-Kinshasa, d'Allemagne de l'Est, de régimes pro-soviétiques ou de Chine maoïste, mais évitons "République démocratique du Congo", "R.D.A", "démocraties populaires" ou "Chine populaire"... Désigner ces dictatures par leurs intitulés officiels c’est manquer de considération pour la démocratie, et de respect pour les victimes de ces régimes.

    ● "Populaire"  n'est pas « populiste », car seules de véritables démocraties peuvent être réellement populaires. Comme pour "démocratie", un démocrate sincère refusera de qualifier de "populaires" des régimes totalitaires, quelle qu'ait pu être leur dénomination officielle.

 ● "Totalitaire"  n'est pas n’importe quelle forme d’exploitation et d’aliénation. Les abus et les crimes du capitalisme n’en font pas un "totalitarisme"  qui, comme son nom l’indique, est un système coercitif contrôlant la totalité des espaces (public, social, privé, et même intime) et ne laissant aucun choix. En démocratie « ce qui n’est pas expressément interdit est permis » : dans l’idéal, le libre-arbitre n’est limité que par le respect d’autrui. En dictature « ce qui n’est pas expressément permis est interdit » : réduit, le libre-arbitre dispose encore de certains espaces (privés, intimes). Dans un système totalitaire « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire » : le libre-arbitre n’existe plus et tous les espaces sont investis, contrôlés par le pouvoir.

    ● Les abus de l’oligarchie mercantiliste actuellement au pouvoir dans le monde ne sauraient diaboliser le véritable "libéralisme" , qui, comme son nom l’indique, est d’abord un garant des "libertés"  fondamentales, économiques bien sûr, mais surtout civiles. Historiquement la démocratie et les mouvements d’opposition n’ont pu s’épanouir que dans le libéralisme, qui n’exclut nullement un contrôle des élus et des États sur le marché (système appelé « social-démocratie »). De même que le droit de conduire une auto n’exclut nullement l’existence d’un Code de la Route et de feux tricolores. Ce que réclament les "ultras" de l’oligarchie mercantiliste, à savoir que tout soit marchandisable, que les services publics soient privatisés et que les États soient réduits au minimum, laissant le marché se réguler tout seul, revient à réclamer pour les automobilistes l’abolition du Code de la Route et des feux tricolores, en prétendant que le trafic se régulera tout seul. Cela n’est pas du libéralisme : Jürgen Habermas qualifiait cette idéologie de « métagorisme » ("le marché transcende tout"  en grec). Le "métagorisme"  vise à légitimer la "loi de la jungle" et met en danger la survie même de notre espèce, mais il n’est pas pour autant un totalitarisme, mais seulement un dogme dangereux parmi d’autres. Les métagoristes avancent masqués : là aussi il faudrait refuser d’avaliser leurs mensonges et ne plus les appeler « libéraux » même s’ils utilisent ce terme pour se désigner, car ce n’est vraiment pas la même chose.

    ● Dans le langage courant français, le mot "mondialisation"  désigne les effets économiques du métagorisme. La véritable mondialisation est un phénomène ancien de mise en commun des valeurs, des connaissances, des marchandises, des problèmes, des inégalités. Alexandre le grand a "mondialisé" les peuples, les religions, les cultures, l’économie, les techniques de la Méditerranée à l’Inde et autour de la langue grecque ; Rome autour de la Méditerranée et de la langue latine. Aujourd’hui, le rap, le rock, Bach, Mozart, le béton, la banque, la télé, l’eau, les antibiotiques, le pétrole, l’auto, le riz, les frites, le réchauffement climatique sont des phénomènes, des connaissances, des ressources et des problèmes mondialisés à l’échelle de la planète. Pas plus que l’allumette n’est responsable des incendies, la mondialisation n’est responsable du fait que les capitalistes de tous les pays ont su s’unir (autour du métagorisme) alors que les prolétaires y ont échoué (autour du communisme)…

    ● Le mot "communisme"  a un double sens : un sens libéral et un sens marxiste-léniniste. Dans le sens libéral, il désigne un idéal de solidarité et de partage, et un mouvement politique d’opposition au capitalisme, facteur de progrès social dans les pays libéraux, démocratiques et pluralistes. Dans sa définition marxiste des "Thèses de Feuerbach", le communisme est la « société sans classes et sans propriété », aboutissement ultime de l’évolution des sociétés humaines, sa sixième et dernière étape (« société primitive, esclavagisme, féodalisme, capitalisme, socialisme, communisme »). Dans sa définition léniniste, dont se sont réclamés tous les États dits "communistes" (une vingtaine, mais groupant un tiers de l’humanité), le "communisme", devenu dogmatique, récuse la "démocratie formelle" et le pluralisme, légitime la violence, la dictature et le monopartisme, et discrimine des catégories humaines arbitrairement définies, pour en vouer certaines à la mort (ce qui est la définition du "crime contre l’humanité" depuis Nuremberg). Cette définition léniniste fonde le "marxisme-léninisme",  terme définissant le "communisme" au pouvoir, dont la pratique n’est compatible ni avec la démocratie ni avec les Droits de l'Homme.

On devrait éviter l’emploi du mot "communisme", trop ambigu, réserver le mot "socialisme"  aux mouvements d’opposition des sociétés pluralistes, libérales et démocratiques, et ne désigner les dictatures que ce dogme a généré que par les expressions "régimes dits communistes" ou "états se réclamant du communisme" . Comme les métagoristes, certains marxistes-léninistes actuels, partisans inébranlables de la "dictature du prolétariat" et adversaires irréductibles de toute forme de pluralisme ou de réformisme, avancent masqués : là aussi il faudrait refuser d’avaliser leurs mensonges et ne plus les appeler "socialistes" ou "démocrates" même s’ils utilisent ces termes pour se présenter.

    ● Parler de "recul"  ou de "décombres des idéologies et des utopies de progrès social"  pour décrire l’effondrement des régimes marxistes-léninistes (comme le font beaucoup de penseurs de gauche ou de droite) c'est maintenir l'amalgame des anti-démocrates entre des dogmes totalitaires en perdition, et les véritables philosophies humanistes, qui, elles, n'ont rien perdu de leur actualité.

    ● Le mot "socialisme"  a lui aussi un sens libéral et un sens marxiste-léniniste. Dans le sens libéral il signifie "social-démocratie", qui ne peut se concrétiser qu'en démocratie pluraliste et laïque : ce système, incarné par les Partis socialistes ouest-européens, naît de l'affrontement et de la négociation entre partenaires sociaux antagonistes. Par contre le "socialisme" marxiste-léniniste naît de la destruction de certains partenaires sociaux par d'autres et de la coercition, tant économique (l’État devient l’unique propriétaire de tout) que politique (l’exécutant n’est plus qu’un serf sans droits, dont le supérieur hiérarchique joue le rôle du maître omnipotent à son niveau). La confusion entre ces deux sens antagonistes a rendu floues les identités des Partis Socialistes ouest-européens, et leur a parfois fait perdre des élections, lorsque des électeurs qui s’attendaient à un « socialisme », se sont montrés déçus par la social-démocratie finalement mise en place. C’est pourquoi, lorsque l’on dit « socialisme », il faut préciser si l’on parle de "social-démocratie" ou de "marxisme-léninisme", car ce n’est vraiment pas la même chose.

    ● L'"altermondialisme"  également a un sens libéral et un sens marxiste-léniniste. Dans le sens libéral c’est un mouvement réformiste, pacifique, qui admet le droit à la propriété et serait une social-démocratie mondiale appliquant le "principe de précaution" et visant un mode de développement basé sur les énergies renouvelables et capable de préserver les ressources de la biosphère pour les générations futures. Ce mode de développement est appelé "développement durable".  Pour les marxistes-léninistes en revanche, l’altermondialisme est un ennemi à décrédibiliser ou à noyauter, comme toute forme de réformisme ou de social-démocratie, car il "rend le capitalisme supportable". Les marxistes-léninistes préfèrent un capitalisme le plus insupportable possible, afin que les masses se révoltent et qu’ils puissent enfin en prendre le contrôle. C’est pourquoi on les voit parfois voter contre les mesures sociales et se faire ales alliés des métagoristes.

    ● Usuellement le mot "pays"  désigne les États. En réalité le pays, territoire géographique et/ou ensemble historique, culturel ou linguistique, est, pour le citoyen, le lieu de ses racines, de son enfance, de ses souvenirs. On "est pays" lorsqu'on a grandi dans le même ensemble. La plupart des pays sont des ensembles restreints : la France ou l'Allemagne groupent chacune plus d'une vingtaine de pays bien individualisés (Bavière, Bretagne, Saxe, Provence, Alsace…) ; le Royaume-Uni en compte une demi-douzaine. Par souci de "rapprocher le politique du citoyen", les altermondialistes sont souvent attachés à la promotion des "pays".

Mais il n'est pas nécessaire, et souvent même pas souhaitable, que le "pays"  soit une structure politique souveraine. Le confondre avec l'État et la Nation, qui seraient alors ramenés dans la sphère du viscéral, est dangereux, comme le montre l'exemple tragique des 7 pays yougoslaves devenus États... mais des états antagonistes, petits, faibles face à la toute-puissance économique. C’est dangereux aussi sur le plan social, car cela revient à fragmenter la représentation politique face aux puissances économiques internationales.. L'État, structure politique, juridique et administrative, est, pour le citoyen, le lieu de ses droits et de ses devoirs. S'il est démocratique, ceux-ci s'équilibrent. S’il n’est pas confisqué par une minorité, l'état doit être arbitre, répartiteur et défenseur de la Nation. Il peut regrouper plusieurs pays, coordonner leurs forces, assurer leur égalité, les représenter sur la scène mondiale. Plus il en regroupe, plus il est puissant.

    ● Lorsque l’on parle de "nation",  il faut également en préciser le sens... La nation peut être démocratique et citoyenne, soudée par un ensemble de valeurs universelles et d'expériences communes (on vit, travaille et paye des impôts ensemble : droit du sol). Elle peut être nationaliste, soudée par une identité ethnique (on a un passé, des traditions et des ancêtres communs : droit du sang). Elle peut être ouverte ou au contraire xénophobe, elle peut aussi n'être qu'une communauté d'intérêts. Mais dans tous les cas, elle n’existe que s’il y a adhésion des citoyens concernés, que s’ils sont d’accord pour vivre ensemble au sein d’un même État. C'est, pour le citoyen, le lieu de ses engagements.

L'URSS, la Yougoslavie et la plupart des anciennes colonies africaines ont été ou sont des États, mais non des nations. De tels États ne tiennent que par la coercition. L’échec d’un État à former une Nation est une tragédie : démocratiques et équitables, la Yougoslavie et l'URSS auraient pu réussir (la Yougoslavie pluraliste d’avant 1940 a été créée par la volonté populaire et était en voie de constituer une nation lorsque Hitler l’a anéantie ; par contre, la Yougoslavie titiste d’après-guerre n’a fait qu’exacerber les séparatismes locaux qui ont explosé à la chute du régime).

    ● La "république",  forme d'État alternative à la monarchie, a en France une connotation puissamment anti-tyrannique et laïque, héritée d'Aristote et de l'histoire française, mais à l'échelle mondiale il n'en est rien : il y a des républiques islamiques, des républiques-dictatures... Sur 149 républiques, 25 monarchies et 18 autres états, 49 républiques sont de solides démocraties (33% d'entre elles), 35 sont des dictatures monolithiques (23%) et 65 ont des régimes intermédiaires, tandis que 11 monarchies sont de solides démocraties (44% d'entre elles), 8 sont des dictatures monolithiques (32%) et 6 ont des régimes intermédiaires. Ce qu'un Français appelle « République », un autre terrien l'exprimera par "démocratie laïque".

    ● Pour finir, le terme "intégrisme"  est souvent compris comme une déviance, une "exagération" de la pratique d’une religion et de ses implications politiques et sociales. Ce sens provient du discours de la majorité des responsables confessionnels et communautaires, qui sont favorables au développement du « communautarisme » et du « confessionalisme » en lieu et place de la laïcité, mais qui présentent l’intégrisme comme une trahison de la "vraie religion", qui, elle, serait toute entière faite de paix, de tolérance et d’amour. Attitude que l’on retrouve chez les dogmatiques politiques, qui affirment que les horreurs criminogènes du fascisme ou du marxisme-léninisme sont des déviations, des trahisons d’un idéal national ou social qui, lui, serait plein de bonnes intentions libératrices.

Or le mot "intégrisme"  est par lui-même très clair : il signifie que le texte fondateur d’une profession de foi religieuse ou d’une conviction politique, est accepté intégralement, en entier et jusque dans les implications ultimes. La Bible ne dit pas que l’évolution a forgé notre planète en quatre milliards d’années mais que Dieu a créé le monde en sept jours. La théologie catholique considère que le « saint-esprit » découle autant du Christ que de Dieu, ce qui implique que seule une âme chrétienne peut être sauvée, et justifie donc les conversions forcées et l’Inquisition. Dans le Coran, les sourates 4 (versets 11, 34) et 33 (verset 59) posent clairement l’infériorité des femmes et l’obligation de les voiler. Et si "Jihad" signifie "effort", la "guerre sainte", au sens de combat militaire contre les infidèles, existe bien dans de nombreux Hadiths (paroles de Mohammed). Dans le fascisme, l’étranger, comme l’opposant, est un "ennemi de la nation" ou "de la race" à éliminer ou à soumettre. Et dans les écrits de Marx et surtout de Lénine (sans parler de leurs successeurs) sur la "lutte des classes", la mise en place du "socialisme" et la "dictature du prolétariat", on trouve la légitimation de toutes les polices politiques, de toutes les terreurs de masse, de tous les camps de concentration. Là aussi l’opposant, ou l’"inutile" sont des "ennemis du peuple" à exterminer.

Du point de vue des textes fondateurs, ce sont les "intégristes"  qui ont "raison" et ce sont les modérés qui dévient, arrangeant leurs convictions à leur "sauce" personnelle (et permettant ainsi aux Dogmes de continuer à séduire)… On reconnaît un intégriste (ou sympathisant) à ses justifications : "on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs"  répète-t-il volontiers (tant qu'il n'est pas lui-même l'œuf)… Les fascismes et les marxismes-léninismes ont défini des êtres humains comme "nuisibles", "parasites", "rats" ou "poux" pour pouvoir les anéantir ; l’intégriste, lui, les ravale au rang d’"œufs"… On ne peut se délivrer des intégrismes qu’en se libérant des dogmes qui les génèrent, c’est à dire qu’en remplaçant les traditions par des valeurs démocratiques, les convictions par des recherches, les croyances par des connaissances, et les certitudes par des doutes. C’est un travail d’éducation publique à l’échelle mondiale. Dans l’accélération historique et dans l’aggravation des problèmes d’inégalités et d’équilibres naturels que nous vivons, la survie de l’humanité dépend du rythme et du succès de ce travail d’Éducation.


Le flou des mots entretient les controverses de notre temps, politiques (Tibet-Chine par exemple), culturelles (tradition-mondialisation par exemple), technologiques et scientifiques (choix énergétiques, agricoles, médicaux par exemple) ou philosophiques (religion-laïcité, euthanasie, clonage, rôle de la femme par exemple), qui pourraient pour beaucoup être résumées à un P.P.D.C. (plus petit dénominateur commun) qui se décline en trois points :

● - le monde de la tradition, des religions, des coutumes, des recherches spirituelles, des communautés s'inquiète des dérives de la technologie et de la mondialisation, du peu de contrôle que nous semblons avoir sur notre devenir, et cherche à retrouver un monde de repères plus rassurants, de solidarités locales, de justice, d'autonomie, de chaleur humaine : il est pro-tibétain, volontiers régionaliste, autonomiste, indépendantiste, opposé à l'actuel ordre du monde, parfois violent ;

● - le monde de la modernité, de la technologie, des recherches scientifiques, qui se perçoit lui-même comme progressiste, qu'il soit libéral et mercantiliste ou bien marxiste ou les deux à la fois comme en Chine, voit les traditions, mais aussi la persistance des traditions et les exigences des environnementalistes, des altermondialistes ou des démocrates, comme autant d'obstacles à renverser, circonvenir ou contourner ; libéral, il utilise les religions ; marxiste, il les combat : il est pro-chinois, pro-OGM, pro-nucléaire, mondialiste, et produit l'ordre actuel du monde, le maintenant parfois violemment ;

● - le monde des droits de l'Homme ne craint ni tradition ni mondialisation tant que ses principes sont respectés, il ne se soucie pas qu'un bastonné ou un tué soit tibétain ou chinois ou soudanais, mais qu'il soit bastonnée et tué ; il n'aborde les questions économiques, environnementales, technologiques, politiques et philosophiques que dans la perspective de la satisfaction des besoins humains (définis, par exemple, par Abraham Maslow) et du respect de la vie et de l'intégrité des personnes.  Sa préoccupation n'est pas l'indépendance ou la sujétion du Tibet ou du Pays basque, mais le respect des droits de l'Homme, une alimentation convenable, la préservation des ressources pour l'avenir au Tibet, au Pays basque  et partout ailleurs. Il n'est pas anti-religieux mais réclame la liberté de conscience et d'expression pour tous, y compris les incroyants, et la neutralité religieuse des états. Il n'est  pas anti-progressiste mais place l'être humain au centre de ses préoccupations, affirmant que la technologie, l'économie et la politique doivent être au service de l'humain et pas le contraire.

La pyramide de Maslow :

    Abraham Maslow est un psychologue américain qui a défini (de manière bien plus nuancée qu'on ne peut l'aborder ici dans le temps imparti) les besoins humains sur lesquels repose la philosophie des droits de l'Homme. J'ai mis cette "pyramide" en corrélation avec la "courbe de King Hubbert", un ingénieur du pétrole qui a travaillé sur la disponibilité en hydrocarbures, qui assure la satisfaction des bases de la "pyramide" et permet d'aller plus loin, de satisfaire le sommet... pour un temps.

Sommet bleu. Quand les autres besoins eb-dessous sont satisfaits, l'être humain peut réaliser son accomplissement personnel à travers une œuvre ou un engagement qui traduiront son unicité (chaque personne est unique, même les jumeaux, même d'éventuels clones, car nous ne nous résumons pas à notre corps, et par conséquent, chacune est irremplaçable  - dire le contraire, c'est vouloir nous aliéner : le croire, c'est être aliénés) ;

Étage vert. Quand les autres besoins en-dessous sont satisfaits, l'être humain peut avoir une estime de soi proportionnée (ici on retrouve les 3 degrés de l'égo : égoïsme ou besoin d'exploiter, manipuler, posséder et maîtriser autrui ; égocentrisme ou besoin exacerbé d'être reconnu, y compris pour ce que l'on n'est pas, et égotisme ou légitime besoin d'être reconnu simplement pour ce que l'on est) ;

Étage jaune. Quand les autres besoins en-dessous sont satisfaits, l'être humain peut tisser des liens, s'intégrer dans un groupe ou plusieurs, éprouver une appartenance ;

Étage orange. Quand les besoins primordiaux sont satisfaits, l'être humain peut s'ingénier à satisfaire ses besoins de sécurité et de protection (abri, habitation, prendre soin de sa santé, assurer la paix et la concorde avec autrui, exercer la solidarité, partager de l'affection) ;

Base rouge. Les besoins primordiaux de l'être humain sont au nombre de trois pour un adulte : faim, soif et abri, et de quatre pour un enfant : faim, soif, abri et tendresse exprimée par le contact physique non-intrusif en bas âge, et par une présence perceptible de 4 ou 5 ans jusque vers 9 ou 11 (selon la vitesse d'acquisition de l'autonomie).

L'enjeu, le plus souvent inconscient et non-dit de ces débats idéologiques de notre temps, est la réussite ou l'échec de notre Humanisation. Nous avons réussi, depuis un demi-million d'années, notre Hominisation (libération du déterminisme des instincts) : cela a assuré jusqu'ici notre survie et nous a donné la maîtrise de la Terre. Si nous réussissons notre Humanisation (libération du déterminisme de l'agressivité et de la méfiance, passage de l'égoïsme à l'égotisme), nous survivrons et évoluerons aussi dans l'avenir. Rien n'est gagné... mais rien n'est perdu. Pas encore !

Itzak, penché à la fenêtre de son petit bureau du 20-e étage, à Manhattan, pour sa pause, voit tout d'un coup Schlomo du 30e étage tomber et lui crie : "Oh Schlomo, quel malheur !"  Mais Schlomo en continuant sa chute lui crie : "Pas encore !"

Pour ma part, je ne suis ni pessimiste, ni optimiste. Rien n'est gagné, rien n'est perdu ? tout reste possible. D'ailleurs, qu'est qu'un pessimiste ? C'est un optimiste réaliste !

Au fait, Schlomo, est-il mort ? Non : il a rebondi sur le store souple de la pizzeria du rez-de-chaussée comme sur une trampoline. Il a été éjecté vers la rue et aurait pu se faire écraser, mais il est tombé sur la bâche, souple elle aussi, d'un semi-remorque qui passait. De là il a rebondi aux pieds d'Esther Rockfeller-Rothschild, qui prenait le café en face, furieuse que son n-ème fiancé qui, comme tous ses prédécesseurs, ne s'intéressait qu'à son argent, lui ait posé un lapin (elle ignorait que ses parents s'ingéniaient à les dissuader tous). Elle a gentiment aidé Schlomo à se relever. Pour lui, elle était une inconnue. Plein de contusions et de cambouis, alors que les gens qui l'avaient vu tomber s'assemblaient, il a remercié le Seigneur de sa chance et s'est poliment excusé auprès d'Esther, mais sans oublier d'observer qu'elle était divine, et de le lui dire avec humour.

A présent, ils sont mariés. Schlomo ne travaille plus dans un placard au 20-e étage mais à bord de leur yacht à énergies renouvelables et à antifouling bio. Ils y habitent en fait. Itzak du 20e étage qui avait toujours rêvé de naviguer, a passé ses capacités et il est devenu le commandant du yacht. Sarah, l'épouse d'Itzak, est majordome du navire et chef des cuisines (on se régale bio à bord). Schlomo restructure toutes les entreprises Rockfeller-Rothschild pour qu'elles deviennent éthiques et réduisent leurs impacts carbone et autres. Ses beaux-parents se sont laissé convaincre (Schlomo a remarqué qu'ils rêvaient en secret d'avoir des petits-enfants, mais pas d'un gendre arriviste, et il a su trouver les bons arguments).

Le labo pharmaceutique et d'OGM Rockfeller-Rothschild se consacre, entre autres, aux végétaux et bactéries capables de recycler les innombrables sortes de déchets et de substances chimiques et radioactives dont nous avons maculé la Terre et la mer. Schlomo a beaucoup de travail mais sait déléguer. Esther et Schlomo sponsorisent de nombreuses ONG éducatives, agronomiques et médicales, ainsi que les mouvements pour la paix, notamment entre Méditerranée et Jourdain, militant pour un État laïc. Leur vie à tous les deux a beaucoup changé, mais ils n'ont pas encore décidé d'avoir ou non des héritiers.

"Pas encore !"

Voilà, vous pouvez comprendre cette histoire littéralement et rêver. Vous pouvez aussi y voir une métaphore, ou analogie de ma vie, et sourire. Ou alors la prendre au niveau symbolique, et vous demander comment on peut concrétiser ce symbole dans nos propres existences ? Et enfin, en faire un éclairage spirituel, et y trouver votre propre réponse à la fameuse question "qu'est-ce qui nous relie tous, pour le meilleur et pour le pire ?"

Le net, le flou, et la "pyramide de Maslow".
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